Mercredi 1 février 2012
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Je suis le 8 février 1962 à la station de métro
Charonne.
En Algérie, la guerre avait continué, redoublé même. Le
FLN ne cédait pas. La France s'enlisait.
L'Organisation de l'Armée Secrète (OAS) était un
mouvement clandestin et terroriste créé en février 1961. Il regroupait des Français d'Algérie et des militaires déserteurs (après l'échec du “Putsch des Généraux”). Ces membres tentaient
d'empêcher les négociations entre le gouvernement français et le FLN, puis l'application des accords d'Evian.
Cette organisation paramilitaire utilisait les
explosions au plastic et les assassinats individuels. Les attentats visaient avant tout des personnalités (à commencer par le Général de Gaulle), des communistes, des associations soutenant le
FLN, les Algériens d'une manière générale (”ratonnades”). A l'approche du cessez-le-feu, les violences atteignent leur paroxysme.
L'opinion métropolitaine rejetait globalement ce
combat d'arrière-garde mené par des “ultras” de l'Algérie française. Aussi, de nombreuses manifestations, généralement interdites par les autorités gaullistes, dénonçaient les violences
aveugles de l'organisation aux cris de “l'OAS fasciste”.
Le portrait d'une petite fille atrocement mutilée dans
un attentat visant André Malraux fit la une des journaux et stigmatisa l'OAS. Le 8 février 1962, quelques jours après ce fait divers, une manifestation fut organisée à l'appel du PCF avec un mot
d'ordre fédérateur: pour la paix et contre l'OAS. Cette manifestation, interdite, rassembla des militants du PCF, d'organisations de gauche et d'extrême gauche.
Interdite, la manifestation fut réprimée avec une
extrême violence. Dans son ouvrage qui fait désormais autorité sur le sujet, “Charonne.
8 février 1962. Anthropologie d'un massacre d'Etat”, Alain Dewerpe démontre de façon très convaincante que cette tragédie fut en partie préméditée. Le pouvoir gaulliste,
hostile par principe aux manifestations, donna des consignes d'extrême fermeté, appliquées avec beaucoup de zèle par la police dont certains membres étaient gagnés aux idées de l'OAS.
Les morts furent les victimes des violentes charges de
la police qui les frappèrent. Contrairement à ce qu'affirma une légende tenace, les manifestants ne furent pas écrasés contre les grilles d'entrée du métro restées fermées.
Aussitôt après le massacre, les autorités cherchèrent
à se dédouaner de toute responsabilité. Le ministre de l'Intérieur Frey et le Préfet de Police, Maurice Papon, considérèrent que les manifestants furent en partie responsables de leur sort
puisque la manifestation avait été interdite. En insistant sur la bousculade, le piétinement, ils laissèrent penser que ces morts étaient dues à un mouvement de panique qui aurait conduit au
piétinement des individus tombés à terre. Il s'agirait tout au plus d'un regrettable accident lié à la fatalité. En réalité, les décès furent provoqués par les coups répétés des forces
de l'ordre, les policiers n'hésitant pas non plus à jeter les grilles qui entourent les arbres sur les manifestants entassés dans les escaliers du métro.
Ce drame suscita une immense émotion: une grève
mobilisa près de 2 millions de personnes le 9 février; le 13, les obsèques des 8 victimes (auquel il convient d'ajouter un neuvième individu, mort des suites de ses blessures) rassemblent de 125
000 à 1 million de manifestants selon les estimations.
Pourtant, tout fut fait pour taire l'événement. Presse
et télévision aux ordres restèrent muettes Les responsables des massacres furent rapidement couverts ou amnistiés (en 1966), malgré une enquête policière accablante. Les victimes ne reçurent que
de faibles indemnités, car les tribunaux retinrent la thèse de la responsabilité partagée. Les manifestants conscients que cette manifestation était interdite auraient dû rester chez eux.
Plus grave, le pouvoir tente même d'effacer la mémoire du crime,
interdisant, jusqu'en 1982, de manifester sur les lieux du drame. Les plaques commémorant l'événement ne seront apposées que très tardivement.
Le 8 février
2007, quarante-cinq ans après les faits, le carrefour à l'intersection de la rue de Charonne et du boulevard Voltaire a été nommé place du
8-Février-1962, par Bertrand Delanoë,
Maire de Paris.
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